La réunification des deux Corées

Des gens talentueux vous offrent parfois la chance de voir des tableaux émouvants, et fantasques, et forts, se déployer sous vos yeux, entre quatre murs noirs, dans cet espace de création que l’on appelle théâtre. C’est un cadeau très précieux à savourer et chérir comme quelque chose de rare. Ma Chambre Froide et Cendrillon de Joël Pommerat ont été un de ces moments pour moi en 2012.

C’est ainsi que hier, heureuse par anticipation comme une enfant qu’on conduit à une kermesse, je me suis rendue aux Ateliers Berthiers pour La réunification des deux Corées. Où allait-il nous emmener avec ce titre? Je n’avais rien voulu lire ni savoir. Comment allait-il réussir (encore) cette balade tendue sur un fil entre théâtre, vie et rêve? Comment parviendrait-il à toucher (encore) ses spectateurs avec le langage qui lui est propre mais sans se répéter, comme le font parfois les metteurs en scène qui ont repéré un créneau qui marche?

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En montant les marches qui nous menaient à nos places (et nous cachaient la scène encore pour quelques instants), j’espérais bien sûr, et même très fort, qu’il réussisse le pari. Comme on souhaite au magicien qu’il réussisse son tour et au trapéziste, son acrobatie. Pour le plaisir d’y croire, d’être émerveillée. En saluant le talent de celui qui sait faire vivre cette magie-là.

Arrivée tout en haut, j’ai découvert avec surprise le plateau qu’il avait imaginé cette fois-ci: un long couloir noir entre deux rambardes, et de chaque côté, les placements du public. Comme unique décor, sa signature: une surface noire, vierge, sauf pour des imperceptibles repères au sol.

Et puis, ce sont eux: ses acteurs, magnifiques, justes dans chaque geste, épousant chacune de ses répliques, se matérialisant sur le plateau qui, rythmiquement, redevient tout noir. Et des cônes de lumière, des dessins lumineux sur le sol qui vous transportent tour à tour dans un garage, une forêt, un hôtel particulier. Du brouillard qui se lève parfois, qui tourbillonne en contrejour, comme par magie. Ce sont des chansons inventés, des bouts de décor de rien du tout qui apparaissent: une chaise, une lampe. Ce n’est rien, trois bouts de ficelle, et c’est exactement ce dont on a besoin. Et ce texte omniprésent, parfaitement ciselé, si drôle, et juste, et poignant. C’est se laisser mener du rire aux larmes, chacun avec sa propre perspective, dans l’espace qui s’étire et s’allonge au fil des spots qui s’allument indiquant ce qui va apparaître ou disparaître dans le noir. C’est une pluie de graphite, noire sur le sol noir, et l’odeur minérale qu’elle dégage, une danse au ralenti, la vie qui se mêle au rêve, on ne sait plus trop. Mais ressentir, tout au fond de soi, la même joie vibrante que connaîtraient…les habitants, après la réunification des deux Corées.

Les photos ne rendent pas justice à ce voyage. Ce n’est même pas tout a fait ce que j’ai vu, d’ailleurs. Courrez-y. Laissez-vous emmener.

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* Photos d’Elisabeth Carecchio, sur le site de l’Odéon

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