In between

Il y a bien des années, pour suivre l’amour et m’intégrer dans un nouveau pays où je ne connaissais (presque) personne, je me suis glissée dans la peau d’une française.

C’était dur, au début. Très dur. Pour être francs, on pourrait dire que j’en ai bavé, les amis. Moi, qui venais d’une ville, Rome, où on est très chaleureux, accueillant, où les gens ont éventuellement tendance à être trop invasifs, j’ai dû prendre sur moi pour déchiffrer les codes de ce peuple d’une gentillesse extrême mais toujours sur ses gardes, finalement. Pour passer d’une vie au soleil à une vie sous un ciel très souvent gris. Pour remplir mes journées, alors que je n’avais pas d’amis, pas de famille et pas de travail. J’ai vite compris que c’était à moi de faire l’effort, de m’adapter. Alors, petite souris silencieuse, j’ai écouté et absorbé comme une éponge et, peu à peu, j’ai façonnée une autre Cristinà, en français. Une Cristinà qui, aujourd’hui, se sent parfaitement intégrée et se fond tellement bien dans la foule que parfois on ne remarque plus sa différence.

Ce qui est compliqué, et tout ceux qui vivent dans la même situation le savent bien, est que ce processus vous change à jamais et vous n’êtes plus tout à fait le même qu’avant, de toute façon. Au bout de toutes ces années, cette Cristina-là, c’est moi aussi, mais il y a toujours des parties de moi qui ne s’expriment qu’en italien; je suis devenue française pour beaucoup de mes amis italiens et je me sens italienne quand je suis à Paris. C’est une chance, une ouverture sur le monde extraordinaire, mais ce n’est pas non plus facile tous les jours; à cheval entre deux (ou trois) mondes, parfois on se sent isolé, un peu incompris. D’ailleurs, on a souvent tendance à se retrouver entre amis bilingues ou trilingues, car on se comprend le mieux.

Au début de l’écriture de ce blog, j’ai hésité entre italien et français et j’ai choisi le français, la langue de mon quotidien. J’ai pensé y ajouter l’italien, puis j’ai opté pour l’anglais, qui est plus universel. Après, comme un blog en trois langues n’est plus lisible, j’ai continué ainsi, dans l’attente de pouvoir trouver une solution technique pour tout concilier.

Depuis quelques temps, ça me fait de plus en plus bizarre de ne pas utiliser ma langue maternelle ici, comme si je trahissais une partie profonde de ma personne. J’ai donc décidé, en attendant de trouver une solution miracle qui me permette d’écrire dans toutes les langues du monde (déformation professionnelle!), d’utiliser l’italien et anglais dorénavant. Personne n’y perdra le sommeil, j’en suis sure, mais j’avais quand même envie d’expliquer pourquoi aux francophones qui ont eu la gentillesse de me lire et me laisser des commentaires. J’espère que vous pourrez continuer à me lire et, surtout, qu’on pourra garder ce fil d’échange. De toute façon, je suis sure que vous êtes tous/toutes des flèches en anglais/italien, n’est-ce pas??

En photo, mon premier essai de chemisier, avec un col et tout et tout, la chemise Myrcela de chez République du Chiffon, sur un tissu génial à travailler de chez Atelier Brunette. Et le rapport? Mmmmmh….peut-être, que j’ai cousu quelque chose pour moi, pour une fois, au lieu de faire toujours des choses pour faire plaisir aux autres?? ça se pourrait bien…

Que votre soirée soit belle, chers amis!

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Several years ago I moved to France, where I knew (almost) nobody, in order to follow my heart and I turned myself into a French girl. Truth to be told, it wasn’t exactly a joy ride, friends. Imagine a girl coming from one of the most sunny and welcoming cities, Rome, transferred under a grey sky, struggling to understand the communication codes of this people who is ever so kind but not exactly world famous for its openness to strangers. It was hard, like really hard. I quickly understood I had to make the effort if I wanted to fit in and so I did. Like a little silent mouse I soaked in information in every circumstance and gradually created this French version of myself, Cristinà. After all these years, this Cristinà is me too, but I still feel more strongly myself in Italian in some circumstances.

The thing is, like all people living in the same situation know, that this process changes you and you’re no longer the same, anyhow. My Italien friends say I’ve become French and I feel Italian while I’m in Paris. I’m in between two worlds, which is great, a unique opportunity to broaden my horizons which I totally adhere to. But, it’s hard too sometimes. I sometimes feel lonely, isolated. And, like all bilingual people, I tend to make friends with my peers because it’s easier to understand each other.

When I started writing this blog, I hesitated over Italian and French and I chose French, my everyday communication tool. Then I thought about adding another language and I finally chose English because it’s universally understandable. But I still hoped I could find a magical solution to fit three language on this blog without it becoming unreadable. Time went by and I kept on using French and English. Lately, it has become more and more frustrating not to use my mother tongue here. As if I was missing up on some important part of myself.

So, while still hoping to find the magical solution, I’ve decided to switch to Italian and English in the future. I’m pretty sure that the kind French speakers who read my ramblings will not loose their sleep because of it but I still thought it was nice to explain why. I hope they will continue to read me and, most of all, to come up here to exchange thoughts. Anyhow, I’m sure they’re all proficient in Italian/English, don’t you think??

In the pics above, my first shirt ever with a collar and so on. I’m so proud of this project; the Myrcela shirt by République du Chiffon with a lovely fabric by Atelier Brunette. And the connection is, you might wonder? Errrr….maybe the fact that, for once, I’ve sewn for myself and not to make other people happy?? That might be a good guess…

I wish you all a happy evening friends!