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Cinq indices à découvrir, un par semaine; deux pistes différentes à chaque fois, en version unie ou bicolore. Voici ce que promettait l’alléchant, et irrésistible, teasing d’Ysolda pour son châle mystère. Forte de quelques expériences positives avec des pulls et de la layette j’ai pensé, naïvement, que ça n’allait pas être bien pire que du Jacquard ou des suites de torsades. C‘est ainsi que je me suis embarquée, avec une bonne pointe d’inconscience, dans cette aventure. Et quelle aventure, les amis! Rebondissements et mystère à volonté.

Five clues, one per week. Two choices each time, with or without color switches. That was Ysolda’s very enticing Mystery Kal teasing. Having successfully knitted some sweaters and baby clothes in the past I thought naively that it would not be much worse than Jacquard and twists. So on I went for the adventure with glee (and a pinch of unconsciousness). And what an adventure friends! Mystery, twists and turns galore.

Passé l’enthousiasme initial, j’ai passé quelques bonnes minutes de solitude devant les suites d’abréviations en langage toktok (lire: k3, *yo, ssk, (k1, yo) twice, k3, k2tog, (k1, ssk, k3, yo, k1, yo, k3, k2tog et pareilles aménités), à répéter sur 400 mailles sans qu’il y en ait seulement une de plus ou de moins, sous peine de gâcher tout l’effet escompté.  Ensuite est venu le désarrois de celle qui réalisait qu’elle n’avait pas du tout pris la mesure du défi et se retrouvait à faire et défaire le même passage pendant un week-end entier, à cause du mauvais décompte des mailles. Puis, l’envie de tout laisser tomber face au triste constat que mon châle, au mieux, aurait été mi-parfait ne pouvant cette humble tricoteuse que je suis s’y dédier que deux rangs par ci, par là, ou alors tard le soir, quand mes yeux se croisent pour la fatigue, au lieu que dans un calme idéal.

My initial enthusiasm quickly cooled down when I saw the Martian  (k3, *yo, ssk, (k1, yo) twice, k3, k2tog, (k1, ssk, k3, yo, k1, yo, k3, k2tog and the like) coding I was supposed to follow 400-stitches along error-freely in order to stick to the plan. Then came the rather gloomy week-end where this way-too-naive knitter knit and undid the same sequence on end due to stitch numbers who wouldn’t match and realized she hadn’t got a clue of where she had diven into. After which I just wanted to store my circular needles forever ‘cos I finally saw clearly that my kal could, at best, turn out half-perfect (unless I could find a magic wand allowing me to devote more than spare moments to the mysterious quest).

Face à la nécessité concrète de choisir entre laisser tomber (et réessayer dans dix ans) ou bien accepter cette version mi-parfaite à ma portée, il s’est produit quelque chose d’assez étonnant. J’ai regardé la belle laine Malabrigo que j’avais achetée. J’ai pensé à mon enthousiasme initial de tricoter quelque chose pour moi, pour une fois. Et j’ai choisi de prendre ce qui était à prendre, ici et maintenant. A partir de là, comme par miracle, ça n’a été que du plaisir. Mes yeux, jusque là rivés (inutilement) sur le schéma en papier, ont commencé à regarder le dessin prendre forme au fil des mailles. Mes mains, libérées de l’angoisse de devoir tout réussir, ont retrouvé le plaisir de faire glisser le fil d’une aiguille sur l’autre, dans un mouvement cadencé. Droite gauche droite gauche. Mais aussi le plaisir enfantin de voir les mailles monter alors qu’avant elles n’étaient qu’un écheveau brut de laine. Il y a eu des erreurs que j’ai corrigées à temps, et d’autres que j’ai vues trop tard, quand j’étais trop fatiguée et je n’ai pas eu envie de défaire à nouveau plusieurs rangs. Je ne l’aurais jamais dit avant, mais aujourd’hui, à défaut de rendre mon châle le plus parfait du siècle, ces petites imperfections me le rendent encore plus cher. Car ces imperfections-là (que seulement moi peux voir, je sais) me rappellent ce soir  où je me suis distraite en écoutant ma fille chanter ou mon fils me raconter une blague. Ou bien encore, celui où la radio m’a importée au loin  sur le fil d’une histoire.

Having to decide whether to give up (and try again in ten years) or to say yes to a half-perfect result, I found myself wondering. About the fine Malabrigo Sock yarn I had bought. How happy I was to finally knit something for myself. And I chose to take what I could handle, here and then. As of that point, it all became so much easier. My eyes, which had been (blindly) nailed to the charts all of the sudden begun to actually see some patterns taking shape. My hands, freed from the burden of « making perfect », found back the pleasure of handling a beautiful yarn from one needle to the other, in a regular, smooth motion. Left right left right. As I found my rhythm, I also found back that childhood pleasure of seeing stitches grow from a simple hank. Some mistakes I could correct on time. Others have stayed because I was too tired when I saw them and I didn’t have to courage to undo tens of rows. I would not have said this before but now I feel like these very little mistakes make this kal more dear to me. Because they remind me of that evening when I was distracted by my daughted singing or my son telling a joke. Or the radio playing a beautiful song. And that’s my life.

J’ai plongé dans cette aventure la tête en première sans vraiment me rendre compte de ce que je faisais. Honnêtement, je n’avais aucune idée à quoi mon châle allait ressembler, d’autant plus qu’à cause de sa largeur, toutes les mailles étaient tassées ensemble à la fin et ne permettaient pas du tout d’en apercevoir le rendu final. Autant vous dire que quand j’ai rabattu la dernière, j’étais véritablement curieuse de dévoiler le mystère. Un petit cycle de lavage et essorage doux plus tard, j’ai vu, avec énorme stupeur, se dessiner ceci devant mes yeux:

Truth to be told I have diven head first into this adventure  not knowing at all what I was doing nor how this kal would look like once finished (also because the high number of stitches made it impossible to get a global view out of it). When I casted off the last stitch, I was truly curious to unveil the mystery. You can only guess my (huge) surprise when I saw this appearing before my eyes after the usual soft washing and drying:

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Au fur et à mesure que j’épinglais le châle pour le bloquer, je n’en croyais pas à mes yeux. C’était un peu comme si quelqu’un, en cachette, était venu remplacer toutes les mailles maladroites que j’avais  tricotées, péniblement par moments et surtout aveuglement, par ces magnifiques interconnexions de courbes et de lignes (pratiquement) parfaites. Un vrai mystère. Et chapeau bas à Ysolda, pour sa maîtrise en la matière (de tricot et de mystères).

As I pinned the kal down to block it I couldn’t believe my eyes. It felt as if someone had exchanged all those goofy stitches I had knitted, sometimes with so much effort, and replaced them with those beautiful and (almost) perfect curves and lines. A true mystery. And a hands up to the tremendously talented Ysolda for rocking the house.

Belle journée chers amis, parfois il est donc vrai que le meilleur est l’ennemi du bon.

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Have a nice evening friends, sometimes it’s true then that the better is the enemy of the good…

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Les yeux mi-clos – With eyes half-shut

Ce weekend, j’avais envie de grand air. De vert à perte de vue. Silence. Grands espaces. J’aime la ville, mais à petites doses. Finalement, on a dû rester à la maison, entre autres parce que tu avais mal à l’oreille. Une partie de moi avait tellement peu envie de rester enfermée, pas cette fois-ci, que je me suis sentie raidir. J’ai fait les cents pas dans l’appartement, comme un fauve en cage.

Et puis, j’ai vu que tu ne rigolais plus. Tu étais allongée dans le grand lit, les yeux mis-clos, immobile. Malgré les médicamentes, ton petit visage fermé parlait ta souffrance. Cette vision a pris le dessus sur mon propre besoin de repos, m’a étirée à ton hauteur. Je t’ai prise dans mes bras et me suis allongée dans le lit, ton petit corps blotti contre le mien.

Et là, tu as beau avoir grandi et ne plus être le petit bébé qui tenait à peine sur mon ventre, il s’est produit, encore une fois, quelque chose qui m’éblouit et m’émerveille comme la première fois. C’est à dire que ton corps s’abandonne, de plus en plus lourd sur ma poitrine, ta respiration ralentit jusqu’à devenir un souffle profond et régulier et, au bout de quelques secondes – le temps de compter jusqu’à dix, pas plus – tu dors, apaisée.

On pourrait m’apporter toute sorte d’explication rationnelle et scientifique à ce phénomène, diagrammes, analyses et comparatifs à l’appui. Jamais ça ne pourrait ternir la force de cet instant. Ni apporter sinon une faible lumière sur le mystère du pouvoir que revêt, au moment du plus haut besoin, non pas la parole, pauvre outil surestimé et déchu de sa mission par évidente inadéquation, mais l’odeur de cette peau ou le battement de ce cœur qui sont les miens, indépendamment de mon contrôle. Un message morse de sureté,  courant primordial et archaïque de cellule en cellule, écho des neuf mois de ta première vie intra-utérine où les parois de mon vente étaient ton horizon et ton berceau. Devant cet insondable, je suis et je reste à jamais humble spectatrice, touchée par la grâce de la Vie qui nous traverse tous.

Belle semaine, chers amis, que vos journées soient douces.

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This week end I had longed for fresh air and greenery on end. Silence and space. I do love big cities, but until a certain point. Instead we’ve had to stay at home, among others because you had a pain in your ear. At first it was tough. I didn’t was to stay indoors, not this time, I craved to escape and paced the apartment like a caged animal. 

Then I saw that you were not laughing any more. You just laid motionless in our bed, with eyes half-shut. Despite the medication your pain was all over your saddened little figure. That made me forget my own tiredness and rise to the occasion. I took you in my arms and went back to bed with you lying on me.

You are no longer the tiny baby who didn’t even make it to my hips when I cuddled you like that, yet once again something happens at that precise moment which still leaves me speechless like the first time. Your body gives in and becomes heavvier on my chest. Your respiration slows down to a deep and regular breath in my ear and, in a few second – count to ten, no more – you are fast asleep. 

One could bring me any sort of scientific explanations and measurements for this. Charts and digits. It wouldn’t change a thing to the force of this moment. It wouldn’t shed but a dim light on the mystery of the power that the smell of my skin or the beating of this heart of mine visibly have upon you, just for themselves, in such times of utter necessity when words are so evidently not up to the task. This primary, timeless, all-is-ok morse message running from cell to cell, an echo of your first nine-month life in utero when my womb was your crib and horizon. In front of this, I am and forever will be humbled. Touched by the grace of the Life which runs through all of us.

I wish you all a lovely start of the week, friends.